Epreuves

A l’approche des fêtes on fait un petit point sur l’évolution de notre projet PERMAYITI.

Puisqu’on est des êtres humains, il n’y a pas toujours que de bonnes nouvelles et ces dernières semaines ont été semées d’embuches et coups durs, une épreuve en plusieurs chapitres.

Nous nous sommes rendus dans les hauteurs de Petite-Rivière de Nippes pour aller chercher de la chaux qui est un élément nécessaire à la construction de notre maison. D’abord pour les fondations, puis pour l’enduit qui va recouvrir l’habitation (la couche extérieure qui protège les sacs). Nous nous y sommes donc rendus avec mon oncle le pasteur Webert Fleurant. Arrivés au village en question nous tombons sur un groupe de villageois qui cimentent une route à la force de leur bras. S’agissant d’un village extrêmement reculé et précaire, nous devenons forcément le centre de l’attention. Tout le monde nous regarde, regarde Gloria (notre voiture) et nous fixe du regard. Bien que pas toujours agréable, c’est quelque chose auquel nous sommes habitués, ce regard fixe et insistant qui bien souvent est accompagné de silence. La route étant bloquée, nous commençons à marcher vers les villageois pour rejoindre notre destination un peu plus haut dans la montagne. Les habitants nous demandent rapidement de façon un peu détournée de les aider à refaire leur route qu’ils ont entrepris de refaire par leurs propres moyens sans attendre d’aide extérieure. On leur explique calmement et poliment qu’on est venu pour trouver de la chaux mais qu’on repasserait vers eux un peu plus tard. Nous avons appris qu’ici, il vaut mieux dire « plus tard » ou « je vais y réfléchir » plutôt que de dire un franc « non » qui risquerait de nous attirer des ennuis ou un généreux « oui » qui ne servirait qu’à nous faire passer davantage pour des blancs pleins d’argent (le manque de franchise et de paroles directes même très polies est parfois une réelle frustration, mais nous apprenons…).

Nous montons donc à pied et laissons Gloria sur place. Une longue marche pentue nous attend et nous commençons une charmante discussion avec l’homme qui nous emmène voir sa chaux, qui est également agriculteur et donc plein d’expériences et histoires intéressantes. Une fois arrivés à son lieu de travail, vient le temps des négociations et comme nous sommes « les blancs », le prix prend rapidement l’ascenseur. Impossible de négocier. Dommage… Mais pas dramatique puisqu’il nous reste plusieurs possibilités pour en obtenir. De là, la vue est à couper le souffle, l’air est frais et le calme nous fait énormément de bien, car bien souvent les gens vivent dans une cacophonie perpétuelle.

Nous entamons la descente vers le village où nous avons laissé notre voiture et de retour vers les habitants, ceux-ci nous demandent explicitement de l’aide pour leur fameuse route. Je demande combien coûte un sac de ciment, on me répond environ 500 gourdes (env. 7 CHF), j’offre donc d’en acheter 3 afin qu’ils puissent continuer à faire leur route. On nous remercie et quelques secondes plus tard on nous en demande 4… Mon oncle leur explique qu’on n’est pas le gouvernement haïtien, que ce n’est pas notre responsabilité de refaire leur route, mais qu’on a néanmoins offert de leur donner un coup de pouce à nos frais et que la courtoisie demande d’être reconnaissant dans un cas comme celui-ci.

Les demandes cessent, puis une personne du village est réquisitionnée pour descendre en moto en plaine pour venir chercher les sacs de ciment avec nous directement. On s’installe dans Gloria et je remarque quelques jeunes qui montent à l’arrière du pick-up. Je demande pour quelle raison et on m’explique qu’ils ont fermé la route plus bas (qui était parfaitement dégagée quand nous sommes montés) pour éviter que les véhicules ne montent à cause des travaux sur la route. Les jeunes embarquent donc avec nous pour nous dégager la voie. Plus bas, un premier barrage, puis un deuxième puis un troisième nettement plus imposant avec tronc d’arbre et grosses roches et un jeune homme debout à côté ayant l’air de nous attendre. Mon oncle descend et va lui parler. Alors que les jeunes et mon oncle font mine de dégager la route pour nous permettre de passer le jeune homme menace de nous caillasser si on touche au barrage. En clair, il veut de l’argent si on veut pouvoir sortir de là sans dommage. Les barricades en Haïti sont trop souvent l’occasion pour des actes criminels c’est pourquoi nous ne prenons pas cette mésaventure à la dérision. Voilà comment en une seconde on passe d’une belle journée, riche d’échanges, de découvertes et de beaux paysages en un guet-apens, un moment où l’on nous menace, où l’on essaie de nous soutirer de l’argent et qui, bien évidemment, ne fait que gâcher cette belle journée et met à mal notre moral. Mon oncle finit par parlementer avec le jeune homme et puis nous quittons la zone très contrariés et découragés. On est reconnaissant qu’il ne se soit rien passé de grave, mais gardons quand même un goût amer de cette expérience. Une chose est sûre, ils ne nous reverront pas de sitôt.

Le lendemain, à la demande de mon oncle, j’ai pu porter le message devant l’église avec comme thème « La Création ». Le but de cette intervention était de pouvoir sensibiliser la communauté à l’importance du premier principe de permaculture « Faire attention à la terre ». Le message semble avoir touché les gens mais nous savons qu’il faudra le répéter, répéter et encore répéter pour qu’il fasse son chemin parmi les habitudes coriaces de la communauté, habituée depuis bien longtemps à disposer de leurs « fatras » (déchets) par terre, à tout va, poussée entre autres par le manque d’infrastructure à leur disposition. Nous verrons d’ailleurs, une semaine plus tard, à l’occasion de la fête de fin d’année de l’une des écoles du village, la centaine d’enfants ressortirent chacun joyeusement de la fête, avec dans leurs bras un petit jouet en plastique, emballé dans du plastique, qui nous le savons finira là où le plastique finit souvent sa vie par ici : dans un champ, au bord de la route ou dans une rivière. *Soupir*

Quelques jours plus tard, les fondations de la maison commençant à être finalisées, nous nous rendons à Port-au-Prince afin d’aller récupérer notre commande de sacs, nos futurs murs, qui est prête et qui nous attend. On en profite pour commander les tuyaux dont on a besoin pour le drainage et l’évacuation des eaux grises. Gloria porte pour plus de 500 kg de matériel et à notre grande surprise nous parvenons à faire tout ce que nous étions venus faire en plusieurs jours, en une seule journée. Le trafic et l’efficacité des entreprises sollicitées nous ont permis d’avancer plus vite que prévu. Seule ombre au tableau nos panneaux solaires sont toujours coincés à la douane de Port-au-Prince et ce n’est pas une mince affaire. Une petite visite express chez nos amis Jonathan Flore et Esaya plus tard, nous passons la nuit à Port-au-Prince. Le lendemain on prend la route tôt histoire de pouvoir acheminer tout ce matériel avant la tombée de la nuit à Petite-Rivière. Mission accomplie !

Malgré l’excursion réussie à Port-au-Prince, ces jours auront eu raison de notre énergie alors, début décembre, nous décidons de nous offrir une mini lune de miel sur la côte des Arcadins dans le département de l’Artibonite avant de commencer la construction. Un grand merci à nos amis et familles pour vos cadeaux de mariage qui nous ont permis cette petite échappée qui était aussi l’occasion pour moi de fêter mes 33 ans, le 6 décembre dernier. Puis, arrivés au terme de notre escapade, nous apprenons qu’une de mes proche amie, Tatiana, nous a subitement quitté à 29 ans, laissant derrière elle son fiancé Yannick et son fils Leopold. Un choc… Nous sommes dévastés et ne pouvons pas cesser de penser à sa famille qu’elle laisse derrière elle. Nous décidons de rentrer à Petite-Rivière de Nippes et réfléchissons toujours à la possibilité de rentrer en Suisse pour assister à la cérémonie même si le contexte politique risque fortement de nous en empêcher. En effet, des nouvelles peu encourageantes nous ont été envoyées par l’ambassade suisse nous prévenant que la situation du pays pouvait encore une fois dégénérer ce qui vaudrait de nous assigner à résidence pendant un certain temps.

La journée de dimanche passe, dans le silence et la tristesse… et une nouvelle semaine commence. Pour nous occuper l’esprit, nous entreprenons d’aller à Miragoane faire le service de la voiture. 6 heures plus tard c’est chose faite mais avec une facture exorbitante, à la hauteur de la blancheur de notre peau, qui a fini d’achever notre moral pour la journée.

Voilà pour les nouvelles, pas toujours heureuses, mais ma foi, on ne choisit pas le récit. Nous avons décidé de vous partager les choses telles qu’elles sont, sans bla-bla ni chichis, et que c’est l’occasion pour nous de vous redire à quel point votre soutien, vos gentils mots d’encouragement et vos prières sont une réelle ressource. Vos pensées sont donc les bienvenues mais pour finir sur une note positive : surtout pas d’inquiétude, ensemble nous sommes forts, nous nous aimons et nous nous soutenons.

Nous vous souhaitons d’ores et déjà un agréable mois de décembre et sa ribambelle de célébrations. De notre côté, nous allons vivre peut-être pour la première fois des fêtes de Noël en toute simplicité, sans magasins, cadeaux, extravagances etc, mais sommes heureux de retrouver le vrai sens de cette fête et nous réjouissons de partager ces moments avec nos amis et famille d’ici… autour d’un verre de vin argentin… quand même ! 😊

Olivia et David

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5 réflexions au sujet de “Epreuves”

  1. Je pense fort à vous et suis fière de tout ce que vous pouvez apporter là bas, dans les moments de doutes une phrase m aide »l important ce n est pas la longueur du chemin mais c est de le commencer »….
    Je vous embrasse fort
    Cousine Coralie

  2. Nous pensons fort à vous depuis la Suisse! Vous êtes très courageux. Soyez prudent! De très belles fêtes de fin d’année à vous 2, gros bisous des Kresovic

  3. Merci du fond du coeur d’avoir fait vibrer mes cordes sensibles par vos touchants récits et aventures. Le Seigneur est bon, Il est Puissant!
    Je reste « bouche-bée » et bien sûr émue devant tout ce que vous avez déjà mis sur pieds à Petite Rivière de Nippes, et comment Il a répondu…! Nous voyons combien la fidélité de Dieu est grande et comment Il vous a gardés et protégés jusqu’à maintenant.

    Beaucoup de courage pour la suite et recevez les forces renouvelées du Très-Haut. Soyez richement bénis🙏
    A bientôt par mail…😊
    Avec mon affection et tout gros bisous.😘
    Marinette

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