La communication non-violente

Je ne peux pas parler de la communication non-violente (CNV) comme le ferait un spécialiste du sujet. Je suis un néophyte, mais cela ne m’empêche pas de constater que ça fonctionne très bien, ce qui m’a donné envie de faire une sorte de plaidoyer pour la CNV parce-que je considère que ce sera un véritable outil immatériel à prendre avec nous en Haïti. Ceci n’est donc rien d’autre que mon récit, ma propre expérience personnelle de ma rencontre avec la CNV.

La communication non-violente c’est quoi ?

C’est une forme de communication (par le langage) structurée de façon à nous aider à repérer ce qui dans nos émotions bloque et nous conduit à des sentiments comme la violence ou la colère. Elle peut désamorcer les conflits au lieu de les rendre stériles, elle permet de développer nos capacités à clarifier ce que nous vivons et à exprimer des demandes claires. Enfin, elle nous permet d’apprendre à décoder l’agressivité de manière à instaurer un dialogue ou chacun se sent reconnu et prend plaisir à satisfaire les besoins de l’autre. Elle réveille aussi le plaisir de coopérer que ce soit en milieu professionnel ou familial. (Padovani, 2010)

Récit de mon expérience personnelle – par David Weber

J’ai personnellement eu du mal à exprimer tout au long de ma vie ce que je ressentais, à me faire comprendre ou alors à trouver l’écoute dont j’avais besoin. Au bout d’un moment, je me suis rendu à l’évidence ; le monde était plein de contradictions, comme chaque être humain, néanmoins il existait des façons de communiquer avec le monde puisque certains y arrivaient. Et c’était vrai, j’avais toujours une manière très dysfonctionnelle de gérer les situations de conflits, de colère ou de blessures intérieures et, autour de moi, de nombreux exemples de gens qui y arrivaient très bien tous seuls. Je me suis donc mis à la recherche de ces outils qui existaient probablement quelque part loin de ce monde que je rejetais de plus en plus idéologiquement.

Un long bout de chemin plus loin, j’ai découvert la permaculture et de facto la communication non-violente. J’ai réalisé que la permaculture était, d’une certaine façon, une non-violence absolue. La même prônée par Gandhi, Martin Luther-King ou Jésus pour ne citer qu’eux. Je les ai tous étudié à l’école ou au catéchisme, mais cela ne m’a pas empêché de passer à côté de l’essentiel. Afin de pouvoir vivre en harmonie avec son environnement, la nature, son habitat et dans la logique de prendre soin de soi, mais aussi d’interagir sereinement avec les autres, j’ai vite compris que des cours de rattrapage en CNV allaient être nécessaires.

J’ai eu la chance de participer à un stage de communication non-violente alors que j’en ressentais le besoin suite à des difficultés que je traversais au sein de mon environnement personnel et professionnel. J’ai compris que les sentiments de frustration et de colère se traduisent par des besoins fondamentaux qui ne sont pas remplis. Je ne suis pas expert sur le sujet, mais les changements que j’ai pu constater au sortir de ce stage m’ont profondément bouleversé et j’avais envie d’en parler dans le cadre de notre projet PERMAYITI. En effet, nous serons confrontés directement à une population avec des besoins qu’il faudra prendre en considération dans le but de pouvoir faire vivre cette expérience de la façon la plus paisible pour tous.

Pour certaines personnes, l’aisance dans l’exercice de la non-violence est plus rapide que pour d’autre comme tous les types d’apprentissages. Nous n’apprenons pas tous de la même façon. On nous apprend plein de choses à l’école, au collège, en apprentissage ou à l’université, mais en dehors du cadre familial, on nous apprend rarement à interagir avec les autres ni à prendre conscience de ce que l’on ressent, mais le plus souvent à ce qu’il « faut » qu’on fasse. J’ai été frappé de découvrir au travers de mes stages en permaculture et en CNV à quel point ma façon d’exprimer mes besoins était fausse.

Depuis mon enfance, on m’avait toujours dit que la vie était dure, qu’il fallait se battre pour se faire sa place et je me rendais bien compte que j’étais souvent frustré face à bien des choses. Et, paradoxalement, je voyais dans mon entourage des gens qui avait une capacité à communiquer avec tout le monde et à se faire comprendre qui me dépassait totalement. Un petit bout de route plus tard, je réalise à mon stage de CNV que je faisais beaucoup d’interprétations et de jugements au lieu d’analyser de quoi j’avais besoin et que je ne m’écoutais pas suffisamment moi-même, pour ensuite travailler à régler cette problématique.

Je m’enfermais donc dans ma colère ou mon silence face à un flot de frustrations qui a eu pour conséquence de m’épuiser au lieu de me laisser le choix. La seule personne à souffrir de cette situation c’était moi-même et il me fallait trouver un moyen de digérer ces émotions sans souffrance colère ou frustration.

La communication ne passe pas que par les mots, il y a aussi ce qui se passe à l’intérieur de nous, nos émotions, qui parfois se matérialisent au travers de notre corps, par des problèmes physiques tels que des maux de dos, de ventre, des réactions cutanées, etc. Il y a une grande partie de ce que l’on ressent qui est non-dite, que l’on ne peut nommer, or nous avons tous besoin d’être entendu, d’être compris. Si l’on n’y parvient pas, la frustration s’accumule et amène à des réactions telles que la colère ou la tristesse par exemple.

En sortant du stage, j’ai compris que l’élément qui déclenche une réaction (ex. qqch qui nous fait bondir) s’appelle le stimulus. Ce stimulus provoque une réaction. Elle se manifeste différemment en fonction de chez qui elle nait :

  • Une personne colérique va crier ou entrer dans un débat utilisant l’ironie ou l’agressivité, parfois la vulgarité, rendant la discussion totalement stérile puisqu’en réalité, ni moi ni mon interlocuteur n’écoutons ce que l’autre a à dire. Dans le meilleur des cas, on finit par se faire la gueule, dans le pire on « s’étrangle ».
  • Une personne peu loquace aura tendance à contenir toute l’agressivité que lui déverse son interlocuteur, de bouillir à l’intérieur ou de se sentir mal sans pour autant pouvoir être entendue et comprise. Elle pourra se sentir frustrée car ses besoins ne sont pas satisfaits.

Le point commun entre ces deux exemples, c’est que tous vivent mal cette situation. J’avais souvent conscience de vivre les situations de conflits avec beaucoup de difficultés, mais je n’avais jamais réalisé à quel point les personnes qui semblaient calmes vivaient également difficilement ces situations. C’est alors que j’ai compris que la non-violence permettait d’installer le dialogue sans que l’un ou l’autre n’ait à faire appel à un mécanisme de défense.

Je me suis rendu compte que la meilleure façon d’être écouté par l’autre est de ne pas parler plus fort, mais d’offrir à l’autre son écoute. Ce qui donne la possibilité à l’un puis l’autre d’exprimer son ressenti. Souvent, on serait surpris de voir combien de temps on peut se hurler dessus alors qu’en fait nos besoins fondamentaux ne sont pas bien différents les uns des autres et qu’il nous suffit de se parler franchement en gardant un fil conducteur (la CNV) pour parvenir à traduire ce que l’on ressent.

En conclusion

J’ai choisi d’utiliser cet outil selon l’un des principes de la permaculture qui est de prendre soin de soi. Je souffrais terriblement de ces accès de colère et je me voyais déjà devenir fou une fois en Haïti alors que je me confronterais, moi le petit Suisse pragmatique face à la réalité haïtienne qui parfois, peut-être chaotique. Il me fallait un outil pour me contrôler. Construire une ferme c’est bien, mais pas pour finir vidé émotionnellement et encore moins fâché avec tout le monde. Nous mettons un point d’honneur à vivre cette expérience de la façon la plus sereine possible.

Ce qui m’amène au constat suivant : pour modifier ce qui nous entoure, il faut se changer soi-même, car on ne peut changer personne d’autre que soi. En se changeant soi-même, c’est la perception que les gens ont de notre personne qui change et par conséquent leurs actions ou réactions et, peut-être, leur comportement.

J’espère que ce partage va parler à certains d’entre vous et je vous invite à faire le grand saut. Il fait bien meilleur de l’autre côté de la barrière ! Il existe pour ceux que cet article aura intéressé des formations de CNV partout dans le monde. Je vous invite à vous intéresser aux véritables pouvoirs de la communication !

David

Formations en Suisse Romande : https://www.cnvsuisse.ch/

Image by Frits Ahlefeldt, source: http://psychologue-lecres.fr/2015/12/16/la-communication-non-violente-faire-passer-le-message-autrement/

© 2017 PERMAYITI

1 réflexion au sujet de “La communication non-violente”

  1. Je suis très touché par ta démarche David. J’espère que l’on aura l’occasion de partager bientôt.

    Men sa pou nou konnen, frè byenneme m yo: Tout moun dwe dispoze koute, yo pa dwe prese pale, ni prese fè kòlè,  paske kòlè lèzòm pa reyalize sa jistis Bondye mande.

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