Récit du voyage de novembre 2017

Nous avons eu l’opportunité de nous rendre en Haïti du 6 au 18 novembre 2017. Le but de ce voyage était de faire un peu de reconnaissance avant d’aller nous installer en Haïti mais également de :

  • Rencontrer les enfants et la population de Petite-Rivière de Nippes et mieux comprendre leurs besoins et attentes
  • Rencontrer des personnes actives dans la permaculture en Haïti
  • Constater l’état de l’école et des infrastructures après Matthew
  • Observer les terrains à disposition pour le projet et prélever des échantillons de sol pour analyses en laboratoire.

Pour Olivia ce voyage était une première, c’était donc important pour nous deux de nous immerger dans ce nouveau monde, notre future nouvelle vie et de voir comment nous allions nous sentir ensemble dans cette aventure. Nous étions impatients, un peu nerveux, curieux et nous nous réjouissions beaucoup.

Depuis notre retour en Suisse, on nous interroge souvent sur notre voyage : « Comment c’était, ça vous a plu ? ».

Par cet article, nous souhaitions partager avec vous notre ressenti, notre aventure, bien qu’il soit très difficile de dessiner une image claire de ce pays qui ne ressemble à aucune des destinations touristiques traditionnelles. Haïti ne se raconte pas, Haïti se vit.

Jour 1 & 2

Notre aventure commence de nuit, en fin de journée dans les embouteillages de Port-au-Prince. Déjà là, le changement de décor est saisissant : le chaos sur les routes où les règles de la circulation ne sont pas plus qu’une légère suggestion, pas ou très peu de feux de circulation, des déchets éparpillés sur les bords de route, des constructions portant les stigmates de la vie précaire des Haïtiens et des évènements climatiques dont ils sont trop souvent les victimes.

L’ami de la famille chez qui nous logeons à Croix des Bouquets, (en périphérie de Port-au-Prince), Vasco, nous accueille généreusement chez lui. Agronome de formation, notre projet l’intéresse et nous avons donc la chance de lui partager nos idées. Dès le lendemain, nos rendez-vous commencent. Nous souhaitions rencontrer des personnes actives dans le domaine de la permaculture en Haïti et nous avons eu le plaisir de rencontrer un couple de jeunes lausannois, Sophie et Jérôme (Jardins Wanga Négès), qui après avoir vécu en Haïti pendant un certain temps grâce au précédent emploi de Sophie dans une ONG, ont décidé de créer leur propre projet sous la forme d’une association qui a pour but d’aider les agriculteurs haïtiens à régénérer leur sol en apprenant à créer un compost, à fertiliser leur sol naturellement avec des méthodes accessibles. Il était important pour nous de savoir comment ils s’étaient acclimatés, les difficultés qu’ils ont rencontrées, de mieux comprendre comment est leur vie en Haïti, quelles sont les démarches administratives à entreprendre avant et après notre arrivée (enregistrement auprès des autorités locales par exemple) mais aussi de pouvoir échanger sur la manière dont ils s’y sont pris pour être entourés et acceptés des Haïtiens dans le cadre de leur projet malgré les différences culturelles.

Lors de ce rendez-vous, nous avons également eu la chance de rencontrer Fabrice Doucet, un Haïtien qui nous a été présenté par Daniel Halsey de SouthWood Forest. Fabrice prépare un projet permacole de grande envergure du côté de Jacmel sur une parcelle de 50 hectares et avec qui nous nous réjouissons de pouvoir échanger et s’entraider. Ses conseils et ses explications sur la vie en Haïti nous ont été d’une grande aide. Son projet Afenbô Communauté est très prometteur tant il a été pensé dans les moindres détails. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un Design en Permaculture à grande échelle, minutieusement préparé.

Jour 3 & 4

Départ pour Jacmel, pour se reposer, recharger les batteries et visiter un endroit célèbre en Haïti pour son authenticité et son cadre naturel : « Bassin Bleu ». Après quelques heures de route de montagne, une épreuve pour Olivia qui attrape facilement le mal des transports, nous assistons à un changement de décor radical comme ça sera le cas plusieurs fois durant notre séjour. Jacmel est une charmante ville de bord de mer au style architectural colonial regorgeant d’artistes, de galeries où l’on trouve de magnifiques peintures, mais aussi de l’artisanat, bijoux et décorations criants d’authenticité haïtienne. Après un petit tour de reconnaissance et un plat haïtien, nous en avons profité pour nous reposer tôt afin de récupérer du voyage.

Le lendemain, départ pour Bassin Bleu. Un souvenir mémorable, tant ce lieu est unique et authentique, mais également pour le chemin qui nous y conduit qui nous a fait nous sentir tels deux aventuriers intrépides. Les deux chauffeurs qui nous accompagnent à moto, nous installent sur leurs engins et traversent les ruelles de Jacmel jusqu’à en sortir pour arriver au bord d’une rivière relativement grande et profonde. Nous n’imaginions pas qu’il allait être question de la traverser… à moto !

Bien que persuadé que c’était impossible sans chuter, je décide de faire confiance au chauffeur, après tout, il n’a pas du tout l’air inquiet.

Une fois passés (sains et saufs) de l’autre côté, s’en suivent les sentiers raides à mesure que nous avançons dans la montagne, où nous croisons parents et enfants, habitations et végétation mais pas un touriste.

DSC_0088Arrivés à destination, les chauffeurs nous attendent sur place nous expliquant que la suite de l’excursion se fait à pied. Il fait chaud et sommes presque seuls sur ce sentier magique où le guide est heureux de nous montrer les différentes richesses du pays tels que le cacaoyer, sans savoir que c’est chez nous, en Suisse qu’il est transformé en chocolat.

Arrivés en haut, il nous faut un moment pour réaliser où l’on se trouve. Il n’y a qu’un couple belgo-polonais et nous au milieu de ce bassin. Nager dans ce bassin et se détendre près de cette cascade en observant la végétation présente sur les rochers reste le moment le plus relaxant du voyage et un souvenir incroyable

De retour à Jacmel, nous visitons les galeries d’artistes et nous baladons dans les rues de Jacmel. Le soir venu, nous nous rendons au Festival International de Piano présent par chance ce soir-là à Jacmel. Une belle parenthèse qui se ferme sur nos deux jours de « repos ».

Jour 5

Direction Carrefour du Fort pour retrouver Webert, l’oncle de David, mais également pasteur, qui s’occupe sur place des enfants et de l’école du projet PERMAYITI. Il nous emmène chez lui, à Petite-Rivière de Nippes, sur le terrain que Ruth Theart (la tante de David) a mis à disposition pour le projet. Sur la route de bord de mer qui nous mène à Petite-Rivière, nous passons notre temps le nez collé à la fenêtre pour notamment observer les stigmates de l’ouragan Matthew. La route relativement récente est morcelée, creusée par les inondations. Les bâtiments souvent effondrés et laissés à l’abandon témoignent de la violence des épisodes climatiques. Nous apercevons aussi d’un côté les marchés mobiles et cette vue sur la mer et de l’autre les montagnes. Je me souviens que ma mère me disait qu’Haïti avait des similitudes avec la Suisse et je comprends ce qu’elle voulait dire par là. On est très vite au bord de l’eau et très vite à la montagne.

Arrivés à Petite-Rivière de Nippes, nous sommes attendus ! Malgré le peu de moyens, on nous reçoit, nous prépare à manger, et il y a même des gens qui se sont déplacés pour nous accueillir et nous souhaiter la bienvenue. Ils sont aux petits soins, mon oncle est heureux de nous voir. L’hospitalité haïtienne en chair et en os.

Sur place, un petit tour du propriétaire nous fait très vite réaliser qu’ils font énormément avec les moyens qui sont les leurs et que l’argent du projet n’est pas dépensé en vain. Néanmoins les connaissances et les outils dont ils disposent ne permettent pas jusqu’à présent d’assurer des infrastructures pérennes tant les conditions climatiques peuvent être violentes dans cette région du monde. Nous sommes donc impatients d’apporter nos connaissances et convaincus que notre projet arrive à point nommé et que c’est le début de quelque chose de nouveau.

Jour 6

C’est Dimanche, il y a église et en Haïti ce jour est spécial. C’est le jour du Seigneur. Les gens sortent leurs plus beaux vêtements pour l’occasion peu importe leur niveau de vie. C’est une façon de montrer à quel point on est dévoué à Dieu, et c’est un signe de respect. Nous sommes accueillis par toute une congrégation et présentés brièvement lors du culte, pour donner rendez-vous aux gens le mardi (jour 8), afin que nous leurs présentions le projet PERMAYITI. Nous avons eu l’occasion de leur adresser quelques mots durant le culte et c’est avec beaucoup d’émotions et quelques larmes que nous leur avons transmis notre reconnaissance d’être finalement parmi eux alors que nous avons attendu ce moment pendant une année.

Jour 7

Le temps file et nous passons du temps sur les terrains à disposition pour le projet afin de pouvoir faire un maximum d’observations qui sont indispensables avant l’étape du design en permaculture. Nous prenons note de la direction des vents dominants, des potentielles endroits inondables, des différences de niveaux, des arbres et autres végétaux présents sur les terrains et tout ce qui aurait été difficile à obtenir depuis la Suisse. Nous profitons également de recueillir des échantillons de sol que nous avons fait analyser en Suisse. Nous prenons aussi le temps de ressentir le lieu, marcher sur le terrain, écouter les bruits, ressentir les courants et le sol sous nos pieds tout en laissant aller notre imagination et nos émotions.

Jour 8

Mardi après-midi, l’heure de la rencontre approche et déjà quelques personnes sont là malgré la pluie et les difficultés que cela engendre pour les déplacements. Nous retardons un petit peu le début de la rencontre pour laisser aux gens (et à l’interprète) le temps d’arriver.

Tout à coup tout le monde arrive en même temps et la rencontre peut commencer, par une prière. Nous sommes ravis de voir qu’une trentaine de personnes ont fait le déplacement. La municipalité de la commune de Ketan a bien sûr été personnellement invitée à assister à la conférence. Malheureusement la maire n’a pas pu être présente mais elle a été informée du projet et nous prévoyons de la rencontrer dès notre retour en Haïti.

La présentation a duré deux bonnes heures et nous avons pu présenter la permaculture et nos idées sur la construction des maisons SuperAdobe, la production de nourriture, la gestion de l’eau, des énergies et des déchets et finalement la construction de Rocket Stove comme nouvelle méthode de cuisson des aliments.

Au terme de la conférence, nous avons été surpris en bien du véritable intérêt de la population dans notre projet. Les habitants nous ont posé des questions et nous ont dit qu’ils étaient satisfaits et impatients de nous voir revenir.

Jour 8

Comme les enfants et les professeurs étaient un peu plus habitués à notre présence, il était désormais plus facile pour nous de parler avec eux. Nous avons pu assister à une conférence entre Webert et les six professeurs et avons saisi l’opportunité pour mieux comprendre leurs besoins en tant qu’enseignants afin d’inclure des solutions dans le cadre de notre projet et ainsi répondre à leurs requêtes.

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Les enfants et professeurs fréquentant l’école – Petite-Rivière de Nippes, Haïti – © 2017 PERMAYITI

Nous avons pris du temps pour jouer un peu avec les enfants et leur montrer des pliages qui ont été accueilli avec beaucoup de joie.

Une septantaine d’enfants fréquentent l’école mais à cause de problèmes de transports, ils ne peuvent pas être présents tous en même temps. L’école comprend six classes, de la 1ère à la 6ème primaire et fourni un repas par jour à tous les enfants. Il n’y a pas d’électricité sur les lieux, c’est pourquoi les cours ont lieu uniquement le matin, de 7h30 à midi. La plupart des enfants sont orphelins ou ont subi de gros traumatismes. Ils parcourent parfois un très long trajet pour se rendre à l’école qui est leur seul moyen d’obtenir une éducation scolaire. Mais malgré leurs souffrances, leurs habits en mauvais état et leur ventre vide avant d’arriver à l’école, nous avons trouvé des sourires et de la joie dans leurs yeux, une force que nous n’avons pas l’habitude de voir dans nos pays dit « riches » ou développés.

La rencontre avec les enfants nous a permis de confirmer notre volonté de les mettre au centre de notre projet et de tout faire pour leur offrir une vie meilleure.

Jour 9

Nous reprenons la route pour Port-au-Prince, pour passer la dernière nuit chez une amie de la famille avant de repartir en Suisse le lendemain matin.

Conclusion

Lors de notre premier jour à Port-au-Prince, on nous a dit que « Haïti est le pays de la liberté et du chaos » et au retour de ce voyage, nous comprenons désormais toute l’ampleur et la véracité de cette phrase. C’est un pays de toutes les contradictions mais malgré les difficultés que nous sommes certains de rencontrer, nous sommes convaincus que PERMAYITI a sa place dans le paysage haïtien et pourra apporter des solutions à la population qui comprend désormais que ce n’est pas en recevant « simplement » de l’argent que le pays va pouvoir réellement se développer. Les personnes que nous avons rencontrées souhaitent apprendre et devenir plus indépendantes. À travers PERMAYITI, nous souhaitons transmettre des connaissances, proposer des formations, des emplois et même offrir l’opportunité aux gens de créer leurs propres business. Dans le respect des principes de permaculture, nous souhaitons commencer « petit », localement, mais espérons qu’un jour, avec l’aide de la population et des autorités, nous pourrons propager nos idées comme des petites graines.

Nous souhaitons remercier toutes les personnes qui nous ont reçues lors de notre séjour, toutes les informations et conseils qui nous ont été transmis et le temps qui nous été consacré !

MERCI

David & Olivia

© 2017 PERMAYITI

 

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