Gestion des déchets

Même si la gestion des déchets n’est pas au cœur de notre plan de production, il est important de mentionner les actions qui seront réalisées. D’une part, d’un point de vue permaculturel, le recyclage a une place bien ancrée dans la cercle vertueux d’une exploitation agricole et d’autre part, étant donnée la situation écologique très critique de l’île et la direction prise récemment par l’état, il est primordial de sensibiliser la population du village à la gestion des déchets. En effet, l’insalubrité battant son plein en Haïti, le Ministère de l’Environnement, soutenu par de nombreuses entreprises privées, a pour objectif de développer une stratégie globale pour tout d’abord sensibiliser le peuple à la gestion des déchets et par conséquent à la protection de l’environnement et redéfinir le cadre légal régissant le secteur de l’assainissement. (Le Nouvelliste, 2017) Néanmoins, l’eau potable n’étant pas courante en Haïti, nombreux sont ceux qui ont recours à des bouteilles en PET ce qui leur assure de ne pas s’exposer à certaines maladies telles que le choléra. En conséquence, ce sont parfois des amas de bouteilles PET qui jonchent le sol et polluent les cours d’eau, la faute au manque de conscience écologique, de ressources étatiques ou encore de législations.

Dans le cadre de notre exploitation, nous :

  • Limiterons les déchets plastiques et non-recyclables.
  • Composterons puis réutiliserons les déchets organiques de la cuisine et des toilettes sèches comme engrais.
  • Utiliserons des récipients en verre réutilisables dans le respect de l’hygiène (stérilisation).

Nous souhaitons également travailler de corps avec la population afin de mettre en place une déchetterie locale et ainsi débarrasser le village de ses ordures, sensibiliser les gens de tout âge face à cette problématique et les familiariser avec ce principe permacole selon lequel rien ne se perd, tout se transforme.

Haïti est une île magnifique et mérite d’être préservée, c’est pourquoi la gestion des déchets est un des piliers capables de redynamiser le tourisme et pourquoi pas l’écotourisme.

Photo: The Amnesty International USA Blog

© 2017 PERMAYITI

Notre habitat

Au même titre que lors de la conception d’un design en permaculture et la mise en place d’une production maraichère, il est fondamental de prendre en compte la situation contextuelle dans la planification de la construction d’un habitat. Haïti étant sujette aux ouragans, tremblements de terre et autres catastrophes naturelles et qui également ne dispose que très peu de bois dû à la déforestation massive, tout type de construction ne convient pas à la situation.

Après avoir analysé les différentes options et effectué de nombreuses recherches et conversations avec des experts, nous sommes venus à la conclusion que la meilleure solution est la construction dite « SuperAdobe ». Ce type d’habitat est réalisé à partir de sacs appelés « Earthbags », disponibles en différentes tailles, rempli d’un mélange de sable et de terre puis empilés les uns sur les autres tels des « boudins ». Ils sont ensuite entourés de fil de fer barbelé afin de solidifier la construction et finalement enduits d’argile, chaux ou ciment. Cette pratique, connue mais peu réalisée en Haïti, est idéale car elle est antisismique, résistante aux ouragans et inondations, est peu couteuse et requiert peu d’éléments qui peuvent tous être trouvés sur place ou adaptés aux ressources disponibles localement.

Nous avons trouvé comme exemple le projet « Konbit Shelter » qui a été lancé par un groupe d’artistes, ingénieurs et architectes américains qui souhaitaient mettre à disposition leurs connaissances et expériences dans le but d’apporter de l’aide à la population haïtienne après le tremblement de terre en 2010. Leur objectif était de créer de belles structures collaborativement avec la population locale tout en utilisant la technique des Earthbags adaptée aux conditions tropicales de l’île. Ils sont parvenus à bâtir, dans le village de Cormiers, dans le nord d’Haïti, un centre communautaire ainsi que des maisons pour deux familles. Ayant résisté à l’ouragan Matthew en novembre 2016, l’exemple du projet Konbit Shelter est considéré comme étant une réussite.

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Photos d’illustration – Source: Konbit Shelter, 2014

Afin d’en savoir plus sur cette méthode nous avons suivi une formation théorique en ligne prodiguée par CalEarth, « California Institute of Earth Art and Architecture », qui est une organisation à but non-lucratif engagée à trouver des solutions en termes de logement. Leur mission est de donner la possibilité à quiconque de construire sa propre maison en utilisant la terre sous ses pieds. (CalEarth, 1999-2017) Leur objectif est de trouver une solution à la pénurie mondiale de logement dû notamment aux millions de réfugiés, de personnes déplacées et ceux vivant dans les habitations de mauvaise qualité. Pour répondre à ces besoins, CalEarth éduque le public à la construction de bâtiments autonomes et respectueux de l’environnement répondant aux normes de sécurité, de beauté, d’efficacité énergétique et de confort tout en honorant la vision du fondateur Nader Khalil. Étudiées par la NASA, les conceptions de CalEarth ont été approuvées et utilisées par les Nations Unies et ont décroché le prix d’architecture Aga Khan. (CalEarth, 1999-2017 )

Afin d’être capable de construire notre habitat, nous nous sommes inscrits à une formation pratique d’une semaine qui aura lieu en mars 2018 en Italie, prodiguée par Vida Terre, dont les fondateurs ont été formé par CalEarth. Découvrez les photos ici.

Nous avons pu visiter le village de Cormiers en novembre 2017 et avons pu parler avec les villageois ayant participés au projet. Nous sommes également en contact avec les architectes à l’origine du projet. Cette visite a été la confirmation que cette méthode est idéale tant face au contexte économique que climatique.

© 2017 PERMAYITI

 

Les haies fruitières ou « forêt-jardin »

En permaculture, l’usage d’une haie-fruitière ou forêt-jardin est très intéressante car elle a la particularité de produire une grande quantité de nourriture sur un petit espace sans demander d’intervention particulière de l’Homme. Il s’agit d’établir un design de différentes strates qui vont permettre à ce système, qui est en réalité une reproduction d’associations de végétaux que l’on retrouve en milieux forestier, de se développer tout seul. Ainsi, comme une forêt, on ne l’irrigue pas, on ne la fertilise pas. Il ne reste qu’à en récolter les fruits et la disposition en haies permet de faciliter le processus. Une forêt-jardin est une forêt où le paysage est majoritairement comestible. Il y a une variété immense de plantes qui cohabitent, se protègent, se renforcent, tout en nourrissant le sol. Ainsi, on ne va donc pas uniquement produire des fruits à partir des arbres fruitiers, mais produire aussi des légumes, plantes médicinales, aromatiques, doper la production de miel grâce aux fleurs et enfin cultiver également un beau paysage.

Ci-dessous, une illustration de différentes strates végétales que l’on retrouve dans un jardin-forêt : d’abord les grands arbres protègent en lisière de forêt les arbustes moins résistants aux vents et puisent l’eau et autres nutriments en profondeur de par leur système racinaire. Autour de ceux-ci, des lianes peuvent se développer sans perturber leur développement et permettent de verticaliser la production. Viennent ensuite les arbustes, fruitiers, espèces naines, les baies, les herbes comestibles, médicinales, aromatiques, les légumineuses et les couvres-sols ; tous producteurs de ressources comestibles. (Permaculture Design, 2012)

foret jardin strates permaculturedesign.fr

Les plantes pour grandir se nourrissent en grande quantité d’azote. Dans une forêt, les plantes fixatrices d’azote telles que les légumineuses permettent d’en partager avec les plantes environnantes grâce à leurs racines. Le carbone, également nécessaire à la croissance des plantes, se retrouve dans toutes les matières sèches comme le bois ou la paille par exemple. Dans un contexte de micro-ferme, on peut donc recycler le bois issu du taillage, coupe ou fauche pour la paille et ainsi les déposer aux pieds des arbres pour leur apporter de la matière carbonée. Ce système est une alternative naturelle à l’apport chimique d’azote et carbone souvent utilisé en agriculture traditionnelle et il est de plus complètement gratuit et permet d’accélérer la succession écologique. (Prise de Terre, 2016)

Le principal avantage du jardin-forêt est le ratio production – travail. Il requiert peu d’intervention et les récoltes peuvent se faire par tout le monde, hommes, femmes, enfants, personnes handicapées. C’est un moyen de donner à chacun sa place dans l’écosystème.

© 2017 PERMAYITI