PERMAYITI

Le projet PERMAYITI est un projet inclusif comprenant de nombreux aspects : environnementaux, écologiques, sociaux, pédagogiques, alimentaires, économiques sans oublier la santé et le bien-être.

Cadre logique

  • Objectif global : améliorer les conditions de vie de la population de Petite-Rivière de Nippes, Haïti.
  • Objectifs spécifiques :
  1. Produire des fruits et légumes biologiques dans le but de contribuer au repas servi quotidiennement aux cinquante enfants fréquentant l’école.
  2. Proposer des formations théoriques et pratiques aux enfants de l’école et à la population de Petite-Rivière de Nippes sur la permaculture: production biologique de fruits et légumes, gestion de l’eau potable, gestion des déchets, communication non-violente (CNV) et construction d’habitats respectueux de l’environnement tout en étant résistants aux ouragans et tremblements de terre.
  3. Participer à l’organisation de l’économie locale de Petite-Rivière de Nippes en favorisant les circuits courts, en mettant en avant les artisans et en renforçant l’autosuffisance.

La micro-ferme permaculturelle

Une micro-ferme permaculturelle est un agrosystème productif et naturel fonctionnant avec un apport minimal d’énergies fossiles. Tout est réalisé manuellement ce qui permet une densification de la production et par conséquent un meilleur rendement. De plus, la petite superficie permet de limiter les investissements de départ. Grâce aux études menées par la ferme du Bec Hellouin en France, il est désormais prouvé que 1000 m2 cultivés en maraichage permaculturel permettent de créer une activité économiquement viable. En effet, réduire les surfaces de culture en diversifiant la production permet de libérer de la place à d’autres fins tels que par exemple la production d’arbres fruitiers ou d’élevage d’animaux. (Léger & Guégan, 2015)

Avec trois terrains déjà en notre possession, nous souhaitons répartir les activités de la manière suivante :

  1. Terrain #1 – 1100m2 : maraîchage intensif de fruits et légumes, insertion d’un poulailler et construction de notre habitat
  2. Terrain #2 – 1160m2 : création d’un potager permaculturel pédagogique dédié aux enfants de l’école (env. 50 enfants au quotidien) qui se trouve sur ce même terrain
  3. Terrain #3 – 4000m2 : création d’une forêt-jardin (aussi appelée forêt comestible)

PERMAYITI n’est pas seulement un projet agricole mais bien un projet social ayant pour but d’intégrer et former la population afin qu’une fois le terme du projet arrivé, les habitants puissent subvenir eux-mêmes à leurs besoins alimentaires. Les formations seront dispensées dans les locaux de l’école existante pour les cours théoriques et sur les différents terrains pour l’aspect pratique.

© 2017 PERMAYITI

La communication non-violente

Je ne peux pas parler de la communication non-violente (CNV) comme le ferait un spécialiste du sujet. Je suis un néophyte, mais cela ne m’empêche pas de constater que ça fonctionne très bien, ce qui m’a donné envie de faire une sorte de plaidoyer pour la CNV parce-que je considère que ce sera un véritable outil immatériel à prendre avec nous en Haïti. Ceci n’est donc rien d’autre que mon récit, ma propre expérience personnelle de ma rencontre avec la CNV.

La communication non-violente c’est quoi ?

C’est une forme de communication (par le langage) structurée de façon à nous aider à repérer ce qui dans nos émotions bloque et nous conduit à des sentiments comme la violence ou la colère. Elle peut désamorcer les conflits au lieu de les rendre stériles, elle permet de développer nos capacités à clarifier ce que nous vivons et à exprimer des demandes claires. Enfin, elle nous permet d’apprendre à décoder l’agressivité de manière à instaurer un dialogue ou chacun se sent reconnu et prend plaisir à satisfaire les besoins de l’autre. Elle réveille aussi le plaisir de coopérer que ce soit en milieu professionnel ou familial. (Padovani, 2010)

Récit de mon expérience personnelle – par David Weber

J’ai personnellement eu du mal à exprimer tout au long de ma vie ce que je ressentais, à me faire comprendre ou alors à trouver l’écoute dont j’avais besoin. Au bout d’un moment, je me suis rendu à l’évidence ; le monde était plein de contradictions, comme chaque être humain, néanmoins il existait des façons de communiquer avec le monde puisque certains y arrivaient. Et c’était vrai, j’avais toujours une manière très dysfonctionnelle de gérer les situations de conflits, de colère ou de blessures intérieures et, autour de moi, de nombreux exemples de gens qui y arrivaient très bien tous seuls. Je me suis donc mis à la recherche de ces outils qui existaient probablement quelque part loin de ce monde que je rejetais de plus en plus idéologiquement.

Un long bout de chemin plus loin, j’ai découvert la permaculture et de facto la communication non-violente. J’ai réalisé que la permaculture était, d’une certaine façon, une non-violence absolue. La même prônée par Gandhi, Martin Luther-King ou Jésus pour ne citer qu’eux. Je les ai tous étudié à l’école ou au catéchisme, mais cela ne m’a pas empêché de passer à côté de l’essentiel. Afin de pouvoir vivre en harmonie avec son environnement, la nature, son habitat et dans la logique de prendre soin de soi, mais aussi d’interagir sereinement avec les autres, j’ai vite compris que des cours de rattrapage en CNV allaient être nécessaires.

J’ai eu la chance de participer à un stage de communication non-violente alors que j’en ressentais le besoin suite à des difficultés que je traversais au sein de mon environnement personnel et professionnel. J’ai compris que les sentiments de frustration et de colère se traduisent par des besoins fondamentaux qui ne sont pas remplis. Je ne suis pas expert sur le sujet, mais les changements que j’ai pu constater au sortir de ce stage m’ont profondément bouleversé et j’avais envie d’en parler dans le cadre de notre projet PERMAYITI. En effet, nous serons confrontés directement à une population avec des besoins qu’il faudra prendre en considération dans le but de pouvoir faire vivre cette expérience de la façon la plus paisible pour tous.

Pour certaines personnes, l’aisance dans l’exercice de la non-violence est plus rapide que pour d’autre comme tous les types d’apprentissages. Nous n’apprenons pas tous de la même façon. On nous apprend plein de choses à l’école, au collège, en apprentissage ou à l’université, mais en dehors du cadre familial, on nous apprend rarement à interagir avec les autres ni à prendre conscience de ce que l’on ressent, mais le plus souvent à ce qu’il « faut » qu’on fasse. J’ai été frappé de découvrir au travers de mes stages en permaculture et en CNV à quel point ma façon d’exprimer mes besoins était fausse.

Depuis mon enfance, on m’avait toujours dit que la vie était dure, qu’il fallait se battre pour se faire sa place et je me rendais bien compte que j’étais souvent frustré face à bien des choses. Et, paradoxalement, je voyais dans mon entourage des gens qui avait une capacité à communiquer avec tout le monde et à se faire comprendre qui me dépassait totalement. Un petit bout de route plus tard, je réalise à mon stage de CNV que je faisais beaucoup d’interprétations et de jugements au lieu d’analyser de quoi j’avais besoin et que je ne m’écoutais pas suffisamment moi-même, pour ensuite travailler à régler cette problématique.

Je m’enfermais donc dans ma colère ou mon silence face à un flot de frustrations qui a eu pour conséquence de m’épuiser au lieu de me laisser le choix. La seule personne à souffrir de cette situation c’était moi-même et il me fallait trouver un moyen de digérer ces émotions sans souffrance colère ou frustration.

La communication ne passe pas que par les mots, il y a aussi ce qui se passe à l’intérieur de nous, nos émotions, qui parfois se matérialisent au travers de notre corps, par des problèmes physiques tels que des maux de dos, de ventre, des réactions cutanées, etc. Il y a une grande partie de ce que l’on ressent qui est non-dite, que l’on ne peut nommer, or nous avons tous besoin d’être entendu, d’être compris. Si l’on n’y parvient pas, la frustration s’accumule et amène à des réactions telles que la colère ou la tristesse par exemple.

En sortant du stage, j’ai compris que l’élément qui déclenche une réaction (ex. qqch qui nous fait bondir) s’appelle le stimulus. Ce stimulus provoque une réaction. Elle se manifeste différemment en fonction de chez qui elle nait :

  • Une personne colérique va crier ou entrer dans un débat utilisant l’ironie ou l’agressivité, parfois la vulgarité, rendant la discussion totalement stérile puisqu’en réalité, ni moi ni mon interlocuteur n’écoutons ce que l’autre a à dire. Dans le meilleur des cas, on finit par se faire la gueule, dans le pire on « s’étrangle ».
  • Une personne peu loquace aura tendance à contenir toute l’agressivité que lui déverse son interlocuteur, de bouillir à l’intérieur ou de se sentir mal sans pour autant pouvoir être entendue et comprise. Elle pourra se sentir frustrée car ses besoins ne sont pas satisfaits.

Le point commun entre ces deux exemples, c’est que tous vivent mal cette situation. J’avais souvent conscience de vivre les situations de conflits avec beaucoup de difficultés, mais je n’avais jamais réalisé à quel point les personnes qui semblaient calmes vivaient également difficilement ces situations. C’est alors que j’ai compris que la non-violence permettait d’installer le dialogue sans que l’un ou l’autre n’ait à faire appel à un mécanisme de défense.

Je me suis rendu compte que la meilleure façon d’être écouté par l’autre est de ne pas parler plus fort, mais d’offrir à l’autre son écoute. Ce qui donne la possibilité à l’un puis l’autre d’exprimer son ressenti. Souvent, on serait surpris de voir combien de temps on peut se hurler dessus alors qu’en fait nos besoins fondamentaux ne sont pas bien différents les uns des autres et qu’il nous suffit de se parler franchement en gardant un fil conducteur (la CNV) pour parvenir à traduire ce que l’on ressent.

En conclusion

J’ai choisi d’utiliser cet outil selon l’un des principes de la permaculture qui est de prendre soin de soi. Je souffrais terriblement de ces accès de colère et je me voyais déjà devenir fou une fois en Haïti alors que je me confronterais, moi le petit Suisse pragmatique face à la réalité haïtienne qui parfois, peut-être chaotique. Il me fallait un outil pour me contrôler. Construire une ferme c’est bien, mais pas pour finir vidé émotionnellement et encore moins fâché avec tout le monde. Nous mettons un point d’honneur à vivre cette expérience de la façon la plus sereine possible.

Ce qui m’amène au constat suivant : pour modifier ce qui nous entoure, il faut se changer soi-même, car on ne peut changer personne d’autre que soi. En se changeant soi-même, c’est la perception que les gens ont de notre personne qui change et par conséquent leurs actions ou réactions et, peut-être, leur comportement.

J’espère que ce partage va parler à certains d’entre vous et je vous invite à faire le grand saut. Il fait bien meilleur de l’autre côté de la barrière ! Il existe pour ceux que cet article aura intéressé des formations de CNV partout dans le monde. Je vous invite à vous intéresser aux véritables pouvoirs de la communication !

David

Formations en Suisse Romande : https://www.cnvsuisse.ch/

Image by Frits Ahlefeldt, source: http://psychologue-lecres.fr/2015/12/16/la-communication-non-violente-faire-passer-le-message-autrement/

© 2017 PERMAYITI

Gestion de l’eau potable

Un des principes en permaculture est « un élément rempli plusieurs fonctions et une fonction est remplie par plusieurs éléments ». En effet, au même titre que l’expression « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », il est plus sûr de multiplier les sources que ce soit de revenus, d’eau ou d’énergie dans le cas où un élément est hors d’usage, un autre prend la relève et ainsi le système entier n’est pas mis en péril. Ce principe n’est pas seulement applicable en permaculture mais l’est également dans la finance où il est par exemple défini comme « diversification ».

Gestion de l’eau

Il est question dans cet article de la récupération et la gestion de l’eau à usage privé et non les besoins inhérents au maraichage. A Petite-Rivière de Nippes, l’accès à l’eau potable est restreint. L’eau n’est évidemment pas disponible au sein des ménages et les habitants doivent souvent marcher de nombreux kilomètres afin d’accéder au puit le plus proche si celui-ci est toujours en fonction après le passage dévastateur de l’ouragan Matthew.

Trois systèmes ont été sélectionné parmi les différentes options disponibles sur le marché : l’eau de pluie, le WaterSeer et le puit. Il est nécessaire de mentionner que notre consommation sera limitée au minimum et par conséquent des toilettes sèches seront installées au lieu des toilettes traditionnelles.

  • L’eau de pluie

L’eau de pluie, étant une source gratuite, est donc notre premier choix. Cette option nécessite uniquement un espace de captage, de stockage puis de filtrage. Selon les calculs basés sur les hypothèses et les données climatiques telles que la pluviométrie mensuelles et annuelles et en prenant en compte 20% de perte, il nous sera possible de capter plus de 78’000 litres d’eau par an grâce à notre habitation d’environ 75m2. (Permaculture Design, 2016) En Suisse, la consommation d’eau par personne est calculée comme détaillée dans le tableau ci-dessous. À partir de ces données, en éliminant uniquement les postes d’utilisation dont nous n’aurons pas utilité en Haïti tels que le lave-linge, le lave-vaisselle et la chasse des WC, notre potentielle consommation est réduite de moitié par rapport à la consommation suisse. (Service cantonaux de l’énergie et de l’environnement, date inconnue)

Utilisation

Suisse

Litre / jour / personne

Haïti

Litre / jour / personne

Chasse des WC

44

0
Bains et douches

32

30

Lave-linge

30

0

Cuisine et vaisselle à la main

24

24

Soins corporels, lessive à la main

21

20

Lave-vaisselle

4

0

Autres

4

4

Eau de boisson

1

2

Total 160

80

Selon les données ci-dessus, nos besoins en Haïti se monteraient donc à 80 litres par jour et par personnes soit à environ 58’000 litres par an deux personnes ce qui serait largement couvert par les 64’000 litres d’eau récupérée grâce à la toiture de notre habitat.

Le stockage de cette eau sera réalisé grâce à des citernes et des bidons sous et hors sol. Concernant la purification de l’eau, diverses variantes ont été étudiées et l’option la plus simple et la moins coûteuse est la méthode « SODIS » (Solar Disinfection) qui permet de désinfecter l’eau par le solaire en exposant des bouteilles PET remplies d’eau impropre à la consommation durant une période donnée. Avec l’objectif de pouvoir apporter des solutions à la population, nous souhaitons trouver une méthode accessible au plus grand nombre et c’est pourquoi cette solution a été choisie. L’application de la méthode « SODIS » en Haïti a été étudiée en 2001 et validée comme option viable pour la population pour autant que celle-ci respecte notamment la durée de deux jours d’exposition au soleil afin de tuer tous les parasites et virus présents dans l’eau. (Oates, 2001)

  • Le WaterSeer

Le WaterSeer est une installation éolienne permettant de condenser l’eau présente dans l’air. Elle est mobile, durable et n’a pas besoin de courant électrique pour fonctionner. (WaterSeer, 2017)

Elle a été conçue par la société américaine VICI-Labs dans le but de produire de l’eau potable : « Concrètement, elle est constituée d’une petite éolienne à axe vertical en surface et d’une chambre de condensation enterrée de 6 pieds de profondeur (près de 1,8 m). L’éolienne WaterSeer capte l’air environnant qu’elle propulse à l’intérieur de la chambre enterrée, le long d’un tube métallique. Là, l’air prélevé dans l’atmosphère refroidit et l’eau qu’il contient sous forme gazeuse se condense en eau potable sous l’effet de la baisse de température. La chambre de condensation fait office de citerne, l’eau y restant stockée. Une pompe manuelle permet de la récupérer en surface. A partir de ce système simple, WaterSeer peut, selon ses concepteurs, fonctionner en permanence sans alimentation électrique extérieure (mais sous réserve de disposer de vent). L’installation permettrait de récolter jusqu’à 37 litres d’eau par jour selon les premiers tests menés en avril 2016 en Californie dans des conditions arides. » (Connaissances des énergies, 2016)

waterseer

Source: Connaissances des énergies, 2016

Le coût final de cette installation s’élève autour de 1400 USD. Les premières livraisons pourraient être faites en janvier 2018.

La nécessité de cette installation sera déterminée à la fin de l’année 1 en fonction de nos besoins. Néanmoins, elle demeure intéressante surtout pour les enfants de l’école par rapport à sa simplicité et son efficacité. La raison pour laquelle nous ne la considérons que comme une option dès la première année, c’est le rapport au coût qui pourrait représenter une fortune colossale pour les Haïtiens. En effet, nous privilégions les solutions accessibles à tous.

  • Le puit

Un puit a été construit en 2015, sur le terrain #2 sur lequel se trouve l’école. Malheureusement, il n’a pas résisté à l’ouragan Matthew et s’est effondré. Nous souhaitons commander une étude pour la faisabilité d’une remise en état ou la construction d’un nouveau puit sur le terrain #1 ou le terrain #2. Cette étape est prévue lorsque nous serons sur place. Il est possible qu’en définitive elle ne soit pas nécessaire.

© 2017 PERMAYITI

Introduction

L’association Permayiti, anciennement appelée Enfants de Petite-Rivière de Nippes, née en 2009, a été créée dans le but de fournir de l’aide d’urgence aux enfants du village éponyme. D’abord une histoire de famille et d’amis, elle s’est rapidement transformée pour devenir une association engagée tournée vers le développement de l’éducation à Petite-Rivière de Nippes, Haïti. Depuis plus de 8 ans, de nombreux événements dont des repas de soutien ont été organisés afin de récolter des dons. L’argent est géré depuis la Suisse et l’envoi ne se fait qu’après examen des demandes par le comité. Après décision unanime l’argent est envoyé à la Fondation O.S.A.C. (Organisation de Secours, d’Amour et de Compassion) dont le fondateur est le pasteur Webert Fleurant.

Au cours de ces 8 ans, il a été possible de lever des fonds suffisants pour la création d’une école, l’achat de nourriture et de fournitures scolaires pour les enfants, d’une voiture pour acheminer les vivres au village, la construction d’un puit qui fut détruit en 2016 après le passage de l’ouragan Matthew et d’un bus scolaire permettant aux enfants de se rendre à l’école. Bien que cette aide soit nécessaire, il est désormais primordial de trouver une solution durable qui puisse aider les enfants et la population sur le long terme.

Les problèmes des Haïtiens sont nombreux, nous avons pu nous en rendre compte lors de notre visite en novembre 2017. Cependant, l’île est pleine de richesses qu’ils peinent à exploiter. Par conséquent, à travers ce projet, nous souhaitons apporter les connaissances et donner les moyens à la population de vivre décemment tout en valorisant l’entraide, le partage et les synergies. Notre objectif est de concevoir un système dans lequel chaque élément est harmonieusement intégré afin de pouvoir subvenir durablement aux besoins en nourriture, habitation, eau et énergie. C’est pourquoi nous avons choisi la permaculture comme approche.

La permaculture est une démarche éthique, applicable à tous les domaines, visant à créer un système durable et productif inspiré de la nature. Elle s’inspire de trois éthiques : être attentif à la terre, à l’humain et partager les surplus, trois éthiques qui, selon nous, ont été souvent négligées dans les actions d’aide humanitaire dont Haïti a pu bénéficier.

Disposant actuellement de trois terrains d’une surface totale de 6260 m2, nous souhaitons développer une micro-ferme dont l’espace disponible sera dédié au maraîchage intensif, la création d’un jardin-forêt et d’un potager pédagogique dans le respect des principes et éthiques de la permaculture.

Au même titre que les objectifs du développement durable définis en 2016 par les membres de l’ONU, notre projet se décline en trois dimensions : la dimension sociale, économique et environnementale. Nos missions se veulent inclusives et répondent, à différents niveaux, à la majorité des dix-sept objectifs du développement durable. Elles s’articulent autour des points suivants :

  1. Produire des fruits et légumes biologiques en permaculture dans le but de contribuer au repas servi quotidiennement aux cinquante enfants fréquentant l’école.
  2. Proposer des formations théoriques et pratiques aux enfants de l’école et à la population de Petite-Rivière de Nippes sur la permaculture: production biologique de fruits et légumes, gestion de l’eau potable, gestion des déchets, communication non-violente (CNV) et construction d’habitats respectueux de l’environnement tout en étant résistants aux ouragans et tremblements de terre.
  3. Participer à l’organisation de l’économie locale de Petite-Rivière de Nippes en favorisant les circuits courts, en mettant en avant les artisans et en renforçant l’autosuffisance.

Comme expliqué dans le rapport sur le droit à l’alimentation présenté lors de la 16ème session des Nations Unies le 8 mars 2011, « l’agriculture devrait être fondamentalement réorientée vers des modes de production qui soient plus durables sur le plan environnemental et plus justes sur le plan social ». L’agroécologie, dont fait partie la permaculture, a de nombreuses vertus ; elle permet d’accroître la productivité au niveau local, de réduire la pauvreté rurale grâce à l’augmentation de la fertilité des sols, la création d’emplois et l’augmentation des revenus, elle contribue à l’amélioration de la nutrition et enfin, elle facilite l’adaptation au changement climatique. (Schutter, 2010)

Afin de pouvoir réaliser ce projet et partir le développer sur place dès novembre 2018 et durant les 3 à 5 prochaines années, nous nous fixons donc pour objectif de mobiliser des fonds* correspondant aux 3 premières années d’activité. Cette somme nous permettra de construire notre habitat, développer notre micro-ferme et ses activités qui seront la base de toute formation, favoriser la collaboration et ainsi contribuer à l’amélioration des conditions de vie des habitants et, avec leur aide, développer cette belle région.

*Pour plus de précisions, merci de nous contacter.

© 2017 PERMAYITI

Les haies fruitières ou « forêt-jardin »

En permaculture, l’usage d’une haie-fruitière ou forêt-jardin est très intéressante car elle a la particularité de produire une grande quantité de nourriture sur un petit espace sans demander d’intervention particulière de l’Homme. Il s’agit d’établir un design de différentes strates qui vont permettre à ce système, qui est en réalité une reproduction d’associations de végétaux que l’on retrouve en milieux forestier, de se développer tout seul. Ainsi, comme une forêt, on ne l’irrigue pas, on ne la fertilise pas. Il ne reste qu’à en récolter les fruits et la disposition en haies permet de faciliter le processus. Une forêt-jardin est une forêt où le paysage est majoritairement comestible. Il y a une variété immense de plantes qui cohabitent, se protègent, se renforcent, tout en nourrissant le sol. Ainsi, on ne va donc pas uniquement produire des fruits à partir des arbres fruitiers, mais produire aussi des légumes, plantes médicinales, aromatiques, doper la production de miel grâce aux fleurs et enfin cultiver également un beau paysage.

Ci-dessous, une illustration de différentes strates végétales que l’on retrouve dans un jardin-forêt : d’abord les grands arbres protègent en lisière de forêt les arbustes moins résistants aux vents et puisent l’eau et autres nutriments en profondeur de par leur système racinaire. Autour de ceux-ci, des lianes peuvent se développer sans perturber leur développement et permettent de verticaliser la production. Viennent ensuite les arbustes, fruitiers, espèces naines, les baies, les herbes comestibles, médicinales, aromatiques, les légumineuses et les couvres-sols ; tous producteurs de ressources comestibles. (Permaculture Design, 2012)

foret jardin strates permaculturedesign.fr

Les plantes pour grandir se nourrissent en grande quantité d’azote. Dans une forêt, les plantes fixatrices d’azote telles que les légumineuses permettent d’en partager avec les plantes environnantes grâce à leurs racines. Le carbone, également nécessaire à la croissance des plantes, se retrouve dans toutes les matières sèches comme le bois ou la paille par exemple. Dans un contexte de micro-ferme, on peut donc recycler le bois issu du taillage, coupe ou fauche pour la paille et ainsi les déposer aux pieds des arbres pour leur apporter de la matière carbonée. Ce système est une alternative naturelle à l’apport chimique d’azote et carbone souvent utilisé en agriculture traditionnelle et il est de plus complètement gratuit et permet d’accélérer la succession écologique. (Prise de Terre, 2016)

Le principal avantage du jardin-forêt est le ratio production – travail. Il requiert peu d’intervention et les récoltes peuvent se faire par tout le monde, hommes, femmes, enfants, personnes handicapées. C’est un moyen de donner à chacun sa place dans l’écosystème.

© 2017 PERMAYITI

La permaculture

Contraction des mots anglais « permanent » et « agriculture », la permaculture est une démarche éthique visant à créer des habitats et systèmes nourriciers responsables et durables en s’inspirant des systèmes existants dans la nature.

Cette approche a été fondée par Bill Mollison et David Holmgren en 1978 et a été pensée autour d’une douzaine de principes et trois éthiques : être attentif à la terre, à l’humain et partager les surplus.

 –          Et concrètement … ?

Concrètement, la permaculture n’est pas une méthode de jardinage ou de culture mais bien une démarche éthique qui peut s’appliquer à tous les domaines et tous les environnements. Les principes sont applicables à une entreprise, une famille ou encore une collectivité, dans le but dans le but de favoriser un développement durable.

 –          Par exemple ?

Dans une forêt chaque élément a plusieurs rôles, plusieurs fonctions. Un arbre par exemple peut produire des fruits, servir à se chauffer (bois de chauffage), protéger du vent, mais il aura également une fonction au sein de son environnement propre. Il va modifier la structure du sol de par son système racinaire et favoriser la succession écologique. Autrement dit, il aide les autres acteurs environnants à se développer.

Au sein d’une entreprise, chaque employé est généralement responsable d’une seule tâche. S’il manque à l’appel pour cause d’accident par exemple cela peut s’avérer problématique pour la continuité de l’activité. Dans une démarche permacole, ce même employé pourrait être formé dans le but d’être capable de réaliser diverses tâches, au même titre que ses collègues. En cas d’absence d’une personne, la continuité peut être garantie et répartie sur plusieurs autres éléments : « un élément remplit plusieurs fonctions » et « une fonction est remplie par plusieurs éléments ».

 –          Et comment mettre en place ce genre de système ?

Les éthiques et principes sont mis en perspective grâce à un « design » qui permet de mettre en relation chaque élément entre eux. Pour cela, il faut prendre notamment en compte les objectifs, les limites (physiques et administratives), les ressources disponibles mais surtout en commençant chaque projet par une longue période d’observation qui permettra de comprendre comment les systèmes fonctionnent, comment l’eau se comporte sur le terrain, la qualité du sol, l’ensoleillement à chaque saison, etc.

 –          Pourquoi dit-on que la permaculture est l’agriculture des fainéants ?

Au même titre que la nature n’a pas besoin de l’Homme pour fonctionner, l’objectif est de trouver des systèmes qui demandent un minimum d’interventions humaines. L’important travail de design en amont permet de planifier de manière à ce que chaque action ou intervention soit minimisée.

 –           … par exemple ?

Dans le cadre d’une exploitation agricole, la famille possède un poulailler. Les poules ont besoin d’être visitées tous les jours afin de les nourrir et récolter les œufs.

Si cette famille vit dans un climat plutôt froid en hiver, le poulailler, collé à l’habitat va permettre à la fois de parcourir le moins de distance possible lors de chaque visite, mais également faire profiter la maison de de la chaleur générée par le poulailler.

Le potager se trouve également proche de l’habitat car il demande de l’attention (arrosage, observation, récoltes, etc.) et les poules qui sont de grandes amatrices de limaces pourront, de par leur proximité, sous surveillance, éliminer naturellement les nuisibles et par la même occasion, fertiliser le sol !

Ce ne sont que quelques exemples mais qui résument et illustrent le principe.

Il s’agit de prendre chaque élément et de définir quels sont ses besoins et ses produits afin de les placer sur le lieu de la façon la plus pertinente et la moins énergivore possible. Il y a une quantité de façons d’adapter son lieu selon les principes et éthiques et aucune règle absolue.

–          Encore un truc de « bobo » … non ? Ça ne va pas nourrir la planète tout ça !

C’est une idée reçue, qu’encore aujourd’hui, un certain nombre de gens partage.

Il a été récemment prouvé par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) en France que la permaculture peut produire plus de végétaux comestibles que l’agriculture traditionnelle dans des systèmes bien conçus. Si les chiffres ne mettent pas tout le monde d’accord, il est établi de façon unanime que le rendement en permaculture est bien supérieur à celui que l’on obtient en agriculture traditionnelle.

Imaginons des micro-fermes permacoles naissant un peu partout dans le monde. Pourquoi ne pas imaginer que la permaculture pourrait nourrir la planète et, par la même occasion, préserver la biodiversité ?

Il a également été établi qu’un fruit ou un légume parcourt entre 2’000 et 4’000 km, avant d’arriver dans nos assiettes ce qui correspond à une demi tonne de pétrole environ. Il y a de quoi s’interroger sur la pertinence de ce système dit moderne (http://equiterre.org/fiche/kilometrage-alimentaire). D’autant plus que sur l’ensemble de l’agriculture mondiale, L’immense majorité de nourriture produite ne sert qu’à nourrir le bétail et seulement une petite quantité est destinée aux humains.

Si l’on parvenait à produire local, vendre local et manger local, comme le faisaient nos ancêtres, on contribuerait déjà à la préservation de la planète qui est, rappelons-le, notre seul et unique habitat !

De par ce constat, la question qui se pose est la suivante :  Diriez-vous de quelqu’un qu’il est un « bobo » d’entretenir son habitat pour la léguer à ses enfants ?

© 2017 PERMAYITI

La formation

La formation de design en permaculture s’est déroulée du 17 au 29 avril 2017 à la ferme expérimentale de la Goursaline à Bussière-Galant en France et a été dispensée par le bureau d’étude Permaculture Design. Plus qu’un moyen d’acquérir des connaissances, cela a été pour nous une expérience extraordinaire et bouleversante. En l’espace de deux semaines, nous avons traversé les fondements de la permaculture en passant par les cultures agricoles et des jardins-forêts, l’éco-construction, la création de chauffage naturel (rocket stove), la gestion de l’eau et des énergies renouvelables et bien entendu les bienfaits de la permaculture humaine.

Grâce aux divers intervenants qui nous ont permis d’approfondir certains sujets tels que les miracles des haies fruitières ou du « langage » des plantes sauvages mais également aux échanges avec les 24 autres participants forts de leurs expériences, nous avons pu nous nourrir de multiples idées qui nous servirons à faire vivre notre projet.

Le certificat en poche, nous sommes désormais aptes à commencer la création de notre « design », fondement de la démarche permaculturelle.

Prochaine étape : mettre en pratique les connaissances acquises et recherche exhaustive des conditions météorologiques en Haïti et de tous les renseignements dont nous avons besoin pour rédiger nos observations « macro » et tirer des conclusions utiles à notre projet, avant notre voyage de reconnaissance prévu pour novembre 2017.

© 2017 PERMAYITI